L'Artisanat insulaire
Signes de qualité


L’artisanat : A un tournant de son histoire...

Tout au long des ans qui ont marqué l'île, façonné son paysage, l'artisanat a tenu un rôle essentiel. Vécu en tant que tradition mêlant avec une force évidente l'utilité de l'objet, l'artisanat était partout. Partout dans la vie des hommes et des femmes. Partout dans les esprits. Partout, enraciné.

Jusqu'à la seconde grande guerre, le travail du métal, du bois, de la laine, vannerie et poterie s'est décliné au quotidien, avant de péricliter. En même temps que la société qui la portait, l'activité artisanale a bien failli disparaître. La noirceur du tableau s'est éclaircie à la fin des années 70 avec le riacquistu et l'existence d'une structure unique, le Centre de Promotion Sociale de Corti. Si l'on regarde bien, les artisans d'aujourd'hui, du moins la "vieille garde " sont tous issus de la structure cortenaise, passage incontournable permettant une solide formation autour des aînés.
Ayant drainé de nouveaux passionnés investis dans la tradition ou l'activité plus innovante, l'artisanat s'engage dans une nouvelle ère. Intimement lié à une prise de conscience collective, l'artisanat semble enfin sur les bons rails avec le Plan de relance. Réunis autour de Sindic'Arte - regroupant les artisans de Creartori et Corsic'Arte - les artisans d'art ont opté pour un projet commun. Son président, le coutelier ajaccien Jean-Pierre Ceccaldi évoque le constat ayant bouleversé le cours des choses. " Il y a avait tout simplement péril en la demeure, avec une moyenne d'âge ayant du mal à se rajeunir et une relève pas évidente à assurer. Certes, le constat évolue selon les filières. Certaines d'entre elles sont plus porteuses d'espoir parce qu'elles se sont rajeunies sans trop de peine comme par exemple la poterie, coutellerie, bijouterie. Par contre, les secteurs comme le cuir ou tour sur bois, connaissent de réelles difficultés. Aujourd'hui, 80 % des artisans sont issus du CPS, structure qui n'existe plus depuis longtemps je le rappelle. Alors, le constat a été des plus faciles à établir. Il fallait agir. De réunion en concertation, les pouvoirs publics et artisans ont décidé une stratégie, une coopération entre CTC et Etat dans le cadre du développement aux métiers d'art ". Parmi les projets, la Charte qualité. Telle une AOC, elle aura vocation de levier pour le développement économique de l'artisanat. Un outil afin de protéger, identifier les productions artisanales à travers un logo et un nom de marque. Autre grand axe, la maison de l'Artisanat et le plan de formation. " Basé sur l'esprit du CPS, il sera fortement marqué par le compagnonnage et le projet. Il y aura du travail, du temps commun. Toujours inscrit dans le Plan de développement, la création d'une banque de motifs et mémoire filmée, l'édition de la plaquette " L'art des artisans ", campagne d'affichage, la réalisation de vitrines promotionnelles ou encore la signalisation des ateliers... un plan ambitieux certes, mais loin de l'utopie car tout a été pensé, étudié. Tous les secteurs ont été mis en avant. On a travaillé sur la structuration de chaque filière. Rien n'a été fait par hasard ". Mais au contraire pour la pérennité de l'artisanat, pour sa noblesse retrouvée, la dignité des artisans.

Anna Grazi

Aujourd'hui encore, ceux qui portent cette tradition sont les dignes héritiers des artisans d'autrefois. Des artisans issus de la société pastorale qui fabriquaient pour un usage personnel, celui de la maison et du quotidien, sublimant "u bellu è l'utile ".
Ayant connu son apogée dans des régions telle la Castagniccia aujourd'hui désertée, la force créatrice porteuse de savoir-faire diffusait une énergie peu commune. Dans cette Corse du labeur où tout le monde était artisan, le foisonnement d'activités est même à l'origine de ce que l'on nomme encore la Castagniccia industrieuse. C'est là, dans les montagnes, que passe la route de la mémoire avec des artisans paysans qui jusqu'à la seconde grande guerre ont permis à la région d'imposer sa prospérité autour d'un artisanat relevant aussi du grand art. Offrant encore ses fragments de vie, la Castagniccia rappelle que l'artisanat de la chaise faisait vivre des villages entiers grâce à une organisation méthodique réglée autour du rempaillage... De plus, la richesse du mobilier traditionnel de la région a permis à la filière bois de renaître avec l'installation de nouveaux artisans ébénistes, des jeunes qui ne se sont pas fait prier pour rejoindre cet îlot du savoir-faire.

 

Corsic'Arte : 16 rue roi de rome 20 000 Ajaccio
Tel : 04 95 21 11 80
Creartori : U Salgetu 20218 Ponte Leccia
Tel: 0495484345