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Dans son numéro de janvier 2005 , notre
partenaire “la Corse, votre hedbo” présentait ,
à travers la plume de Noël Kruslin, les acteurs et la
démarche engagée l’obtention de l’A.O.C
et La reconnaissance de la race. Morceaux choisis.. |
Au sein de l'association de gestion de la race corse
et du syndicat AOC, les éleveurs transformateurs veulent s'inscrire
dans une dynamique également destinée à régler
leurs problèmes de structuration.
Les reluisantes perspectives n'effacent pas d'un trait de plume tout ce
que la filière porcine a enduré au cours de ces dernières
années. Le retard est toujours criant. Président de l'association
de gestion de la race du porc corse, Antoine Poggioli est éleveur
transformateur à Ucciani. Installé depuis 1977, il exploite
aujourd'hui une centaine d'hectares, élève un cheptel de
300 têtes, charcute entre 100 et 120 porcs par an. Une activité
considérable qui va de pair avec son intérêt pour
la filière en général;" Il y a toujours des
efforts à faire au niveau de la modernisation des bâtiments
d'élevage. Le problème, c'est que la priorité a été
donnée à l'outil de transformation. Celui qui s'installait
avait droit à 50 % du financement, mais à partir de là,
il avait atteint son plafond de subvention et n'avait plus aucun moyen
de structurer son outil d'élevage. Voilà comment le processus
de modernisation a pris du retard. L'évolution des normes imposées
par l'Europe a sûrement précipité les choses, mais
il aurait fallu se pencher sur l'élevage avant de penser à
la transformation ".Les professionnels regrettent encore une politique
menée à l'échelon national. Celle qui, un temps,
a jugé considérable le quota d'éleveurs de porcs.
Suffisant pour ne plus favoriser l'installation de jeunes et interrompre
les stages de formation.
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Un investissement considérable
Eleveur sur Sampolo et président du syndicat AOC, Stéphane
Paquet souligne d'autres efforts de structuration restant à
fournir. Communs à d'autres filières agricoles,
ils concernent le foncier, un taux de subvention jugé insuffisant,
et un territoire d'élevage à reconquérir.
" Il y a un important travail à faire sur la châtaigneraie,
mais aussi sur la chênaie, territoire d'élevage de
prédilection. Et que dire des abattoirs. En Corse du Sud,
nous ne sommes pas trop mal lotis, mais le problème est
sérieux en Haute-Corse.
Nous avons besoin des outils, et d'un schéma d'abattage
qui reste à définir ". Autant de difficultés
à l'origine de quelques dérives qui, à l'heure
actuelle, sont de nature à entraver le processus de reconnaissance
appelé à tirer la filière vers le haut. Le
coût d'un investissement, souvent trop élevé,
conduit le transformateur à opter pour une stratégie
de production qui ne vise que la rentabilité. " Un
atelier de charcuterie, c'est presque 800000 euros aujourd'hui,
souligne Antoine Poggioli. C'est un investissement considérable,
et pour s'en sortir, de nombreux éleveurs achètent
du porc ailleurs à moins d'un euro le kilo. Par la suite,
comme il n'existe encore aucune certification, leur produit se
retrouve positionné sur le marché, de la même
façon que celui des producteurs qui jouent le jeu de la
typicité.
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Une fllière agricole deux extrêmes
Le président de l'association pour la gestion de la race
ne veut pas occulter une réalité: l'arrivée
massive en Corse de porcs vivants et de carcasses. Dans quelle
mesure ? Antoine Poggioli se souvient d'une information que la
DDA lui avait communiquée. " Le nombre de sacs à
jambons rentrés en Corse était vingt fois supérieur
au nombre de porcs abattus dans l'île. Ce qui donne une
idée assez précise de la situation ". La dérive
n'a pas motivé le projet pour une AOC, ni pour la race.
C'est du moins l'avis d'Antoine Poggioli qui rappelle que son
combat et celui des autres producteurs qui s'y sont engagés,
est bien antérieur à ce phénomène.
" Je me suis toujours battu pour la race, en sachant qu'il
y aurait l'AOC ensuite. Je n'ai pas attendu de savoir que des
camions de porcs ou de carcasses débarquaient pour m'engager.
Il s'agit d'une volonté de valoriser une filière
et un produit au-delà de toute autre considération
".Le constat coupe, quoi qu'il en soit, la filière
porcine en deux. Deux réalités, deux approches opposées
et peut-être, un risque de voir le vrai produit corse marginalisé
sur son propre territoire. La question de la représentativité
de l'ensemble d'une filière est en effet capitale pour
obtenir et faire vivre une appellation d'origine." Je ne
pense pas que nous ayons du souci à nous faire, tempère
Stéphane Paquet. l'AOC, c'est un cahier des charges strict.
Ceux qui n'y entrent pas sont exclus parce qu'ils feront un autre
produit. Mais demain, si ceux qui font rentrer des carcasses se
rendent compte que c'est plus rentable de faire un cochon Aoc.
ils y viendront tout naturellement". L'éleveur de
Sampolo considère aussi que l'AOC charcuterie corse est
une vieille idée qui a eu du mal à faire son chemin.
D'autres velléités se sont en effet manifestées
par le passé, sans succès. " Quand nous avons
préparé un nouveau projet, nombreux étaient
ceux qui n'y croyaient plus. Jamais un dossier n'était
arrivé à l'INAO. Aujourd'hui, c'est le cas ".
En définitive, nous ne devons pas crier haut et fort que
nous sommes les meilleurs, mais mener à bien notre travail
pour que tout le monde constate, au bout du compte, qu'il n'y
avait pas d'autre alternative ". . l'AOC et la race n'ont,
à l'évidence, pas d'autres objectifs que d'identifier
un produit et redorer le blason de sa filière.Une filière
qui aura définitivement chassé ses vieux démons.
Ceux de la divagation, d'une viande à l'origine douteuse,
ou du " cochonglier ".Produit le plus prisé,
bien au-delà d'un fromage, d'un vin ou d'un miel pourtant
très appréciés, la charcuterie corse s'engageraient
alors sur la voie royale.
Noël Kruslin
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