
La chataigne
Les signes de qualité

Le 30 juin dernier Jacques Laurent,
castanéiculteur à Tavera, a succédé à Pasquin Flori à la présidence
du groupement régional des producteurs et transformateurs de châtaignes
et marrons de Corse.
C’est donc à lui et à son équipe qu’echoira la tache d’explorer les
voies du developement pour une filière en pleine mutation à l’approche
de sa certification en A.O.C.
C’est sur ce thème que nous avons rencontré Jean-Yves Acquaviva pour
le syndicat de defense et de promotion de la qualité de la farine de
chataigne corse et Patricia Cesari technicienne à la chambre d’agriculture
de haute corse.
Pourquoi un signe de qualité ?
-
Patricia Cesari : La farine de châtaigne
concerne très peu de régions au niveau national et européen où la
châtaigne n'est valorisée qu'à travers des produits de conserverie.
En Corse, elle est le produit phare de la filière castanéicole. Actuellement,
les Cévennes l'Ardèche et l'Italie diversifient leur production par
la fabrication de farine de châtaigne.
Un signe de qualité doit permettre aux consommateurs d'identifier
un produit de qualité supérieure : la farine de châtaignes corses
dont la notoriété est dûment établie.
-
Jean-Yves Acquaviva : Parce que la filière
à besoin d'un signe de reconnaissance, parce que notre produit n'est
certainement pas très connu à l'extérieur, que c'est un produit de
qualité, de terroir, et l'A.O.C représente le signe de reconnaissance
idéal pour un produit comme la châtaigne.
Quels signes de qualités ?
-
P.C : l'AOC est le signe de qualité qui
concerne la farine de châtaigne corse. C'est un signe qui met en évidence
le lien intime qui existe entre le produit, le terroir et le savoir
faire de l'homme.
La farine de châtaigne est un produit unique, fruit d'une expérience
ancestrale et d'une sélection variétale typique et multiséculaire.
L'appellation d'origine contrôlée pour la farine de châtaigne corse
contribuera à une structuration durable de la filière castanéicole.
L'élaboration du cahier des charges d'une AOC constitue la base de
la définition de pratiques de production et de transformation, qui
permet la professionnalisation de la filière.
-
J-y.A : La plupart des producteurs de farine
de châtaigne en Corse sont déjà labellisés en agriculture biologique,
un signe qui démontre le respect de l'environnement et de l'agriculture
intégrée.
Le label A.O.C est celui qui est le plus percutant en terme de l'image.
Ca peut donner une valeur ajoutée plus importante à la farine de châtaigne
et rendre la filière plus attractive pour les producteurs afin d'accroître
la production et aussi inciter des jeunes à s'installer.
Quels sont les exigences ?
-
P.C : Notre produit remplit toutes les conditions
nécessaires à l'obtention d'un signe de reconnaissance fort à savoir
:
- une aire de production délimitée
- des conditions de productions très précises
- une notoriété établie et incontestée
- une procédure d'agrément
La farine de châtaigne corse est caractérisée par des critères sensoriels
bien établis et fortement liés d'une part aux variétés de châtaigne
insulaires et d'autre part au savoir faire de l'homme. Les critères
qui caractérisent la farine corse sont la couleur, la perception tactile,
la pureté, l'odeur, la perception en bouche, la sucrosité et le goût.
Le dossier de demande de reconnaissance en AOC a été déposé à l'INAO
le 30 novembre 2000.
Après une visite en Corse en Décembre 2001, la commission d'enquête
a estimé que les motivations du Syndicat de Défense de la Qualité
de la Farine de Châtaigne Corse étaient en adéquation avec une démarche
AOC.
-
J-Y.A : Actuellement, nous menons de concert
avec l'Inao, les chambres et l'Odarc un travail de recherche afin
de recenser les différentes méthodes de cultures des différentes variétés
de châtaignes et les différentes pratiques.
Ce travail va nous conduire à proposer à l'Inao un cahier des charges
définissant les pratiques en matière de fabrication de farine de châtaigne.
Nous avons retenus certaines pratiques, rejeté d'autres afin de nous
inscrire dans une démarche commune tout en prenant garde de ne pas
aller vers la standardisation d'un produit.
Ainsi, ce sont donc les producteurs qui, à l'unanimité, ont adopté
les critères qui devraient conduire à la mise en place de cette A.O.C.
Au stade où nous en sommes, le cahier des charges de production à
été quasiment entériné par la commission d'enquêtes et actuellement,
nous planchons sur les systèmes de contrôle qui permettrons de définir
des règles et des critères de commercialisation après l'obtention
de l'A.O.C.
Ca fait maintenant trois ans que nous avons relancé le dossier, nous
espérons pouvoir présenter la partie concernant les contrôles en décembre
au comité national de l'Inao afin de poursuivre dans la bonne voie.
Quel regard portez-vous
sur les autres filières ?
-
P.C : La valorisation des ressources naturelles,
le respect de l'environnement et le développement durable sont les
préoccupations des acteurs de toutes les filières qui sont engagées
dans une démarche de qualité.
Que ce soit pour le miel, l'huile d'olive, le brocciu ou le vin, la
qualité proposée aux consommateurs est le fruit de contraintes volontaires,
de recherches, de pratiques liées au terroir, à la culture. Tous les
hommes et les femmes qui travaillent dans le même sens veulent proposer
des produits avec une signature.
-
J-Y.A : Nous portons sur les autres filières
un regard très positif. Ceux qui ont eu un label de qualité comme
le miel ou le brocciu arrivent à bien le gérer et pour ceux qui sont
en démarche d'obtention comme les oléiculteurs sont en bonne voie.
Je pense que nous devrions avoir plus de contacts entre nous. Je n'ai
pas d'avis sur la charcuterie mais d'une façon générale lorsque l'on
entreprend une démarche de ce type, il faut se donner le temps et
faire un travail sérieux afin que l'A.O.C obtenu ait une véritable
valeur, donc on attend des autres qu'ils fassent pareil.
Propos recueillis par Joseph Santana |