La richesse variétale


SOUS TOUTES SES FORMES

Le châtaignier est un élément constitutif des paysages en même temps qu’un facteur de vie. Une civilisation s’est bâtie, grâce à lui, donnant ses caractéristiques à l’âme Corse. Il est l’un des symboles de la végétation arbustive et constitue une des originalités de nos paysages.
Ces quelques lignes, écrites par P. Simi, en 19608, montrent l’importance économique, culturelle et sociale, qu’à joué le châtaignier jusqu’au siècle dernier : “Cet arbre, magnifique pour un arbre cultivé, fut aussi précieux que le blé pour la plupart des insulaires.
Comme lui, il leur fournit depuis les Pisans, à la fois le pain et la monnaie d’échange, tout en leur assurant un élevage rémunérateur.
Il leur procura en outre un bois excellent, propre aux multiples usages: charpente, ébénisterie, industrie artisanale, piquets de clôture et manches d’outils, sans omettre le chauffage.

LA CHATAIGNERAIE COMME ABRI NATUREL

Plus encore, il offrit un abri sûr aux populations en révolte lors des périodes de trouble, mais aussi, il faut en convenir, une tentation pour l’outlaw en froid avec la justice.

Partout ou il a détrôné la forêt initiale de chênes, il a fait naître de nouvelles ressources, déterminé un habitat spécial, où le séchoir à châtaignes n’est pas la moindre des caractéristiques.
Ainsi est né un milieu social particulier aux fortes densités où l’individu a un tempérament généreux et un esprit jovial. Il nous paraît logique de parler de civilisation du châtaignier”.
L’évolution de l’arboriculture en liaison avec la croissance démographique contraint les populations à recourir à l’extension de l’espace cultivé et à l’utilisation de la castanéiculture pour satisfaire les besoins alimentaires et sociaux.

Elle est une réponse remarquable, bien adaptée et contribue à éloigner, des régions qui l’adoptent, le spectre de la famine et ce, jusqu’à l’arrivée de cultures nouvelles ou jusqu’à la déprise humaine de la période industrielle. Ces deux facteurs indiquent une mutation certaine et irréversible.
Ils vont générer l’autodestruction du secteur agricole, et plus particulièrement celui de la castanéiculture.

La Balagne

Région oléicole très ancienne, son oléiculture représentait au milieu du XIX° siècle, 90% de ses ressources. Une grande partie du verger, touchée par les incendies successifs, est aujourd'hui repartie en oléastres. Les vergers productifs subsistent autour des villages et dans quelques vallées non sujettes aux incendies.
La Balagne reste la principale région productrice de l'île. La variété dominante présente est greffée et nommée "Sabina". La récolte à pleine maturité s'échelonne de décembre à mi-juin.
Une variété secondaire, la "Ghjermana", plus précoce, est plantée de pied franc. Il faut également citer la présence de vergers de "Picholine", aujourd'hui remis en valeur pour la production d'huile.

L’APRES 14-18

En Corse, le déclin est plus tardif. La perte massive d’hommes durant les deux guerres mondiales et l’exode rural provoquent l’abandon des cultures. Les coupes de bois immodérées (pour l’industrie du tannin) et les dégradations sanitaires du patrimoine végétal dues à la maladie de l’Encre et du Chancre, auront raison de la châtaigneraie Corse.
Mais cet arbre à la fois sensible et robuste étonne par sa volonté et sa force à combattre les siècles et l’évolution des sociétés. Il est toujours présent et procure, pour qui veut l’entretenir, richesse de l’âme et art de vivre.
«Tant que nous aurons des châtaignes, nous aurons du pain» avait dit Pascal Paoli.

La Corse, montagne dans la mer, est caractérisée par une diversité de climats, de sols qui font la richesse de chaque zone de production castanéicole.
Bien que le châtaignier soit présent dans toute l’île, il caractérise une zone située entre 400m et 800m voir 1200 m d’altitude.


Les ¾ de la châtaigneraie se trouvent dans le département de Haute Corse. Il occupe une superficie d’environ 30 000 Ha entre la Corse schisteuse et la Corse granitique.
Il faut noter que cette superficie est composée de châtaigneraie à différents degré de dégradation et que le verger productif est estimé à environ 1500 - 2000 Ha.
Il aime les sols pauvres en calcaire et se développe sur des sols acides, «terres froides » par excellence, à pH compris entre 5 et 6. Ainsi plusieurs zones correspondent à ses exigences: la Castagniccia «zone de prédilection», mais aussi les cantons du Haut-Nebbiu, Niolu-Omessa, Ghisoni, Alto di Casaconi, Bustanicu, Moïta-Verde, Dui-Sevi, Dui-Sorru, Cruzini-Cinarca, Zicavu, Bastelica, Celavu-Mezzana...
Ces zones de production ont la particularité d’avoir leurs propres spécificités variétale. On peut dire que chaque vallée est un « cru » d’une exceptionnelle richesse gustative. On compte une quarantaine de variétés de châtaigne, répertoriées dans un travail réalisé dans les années 80 par la SOMIVAC par F. De Casabianca et D. Vincensini.
On y distingue les fruits cloisonnés (châtaignes) des fruits non cloisonnés (marrons). Les variétés les plus significatives sont la Campanese, la Ghjentile, la Carpinaghja, la Tighjulana, pour la Haute Corse, l’Insitina, la Tricciuta, l’Ariata, la Gradulaccia, la Bastellicaccia pour la Corse du Sud. Essentiellement composée d’amidon à 80%, les qualités nutritionnelles de ce fruit, à la saveur subtile et discrète, ont font un allié de la forme et de la santé: riche en vitamines (C, PP, B), en élements minéraux (potassium, magnésium, manganèse).
De leurs transformations, une large gamme de produits nous est offerte pour le plaisir des yeux et du palais. Douce et sucrée plus ou moins colorée, la farine de châtaignes est le produit phare. Ce produit original est très spécifique à la Corse.