
Le fromage
Les signes de qualité
   
A la fin du
mois de mai, notre partenaire, la Corse votre hebdo, titrait sur
la grande pénurie de lait. Un état de fait avéré qui fait peser
une lourde menace sur la filière, car par voie de conséquence,
il peut inciter les producteurs de fromages laitiers à se servir
en lait sarde ou de l’Aveyron.
En attendant des signes forts comme des mesures incitatives permettant
l’installation de nouveaux bergers, nous avons décidé d’évoquer
les signes de qualité avec Jean Dominique Musso le président de
l’interprofession laitière ovine et caprine de Corse, et Jean
Antoine Prost ingénieur d’étude à l’INRA-SAD de Corte.
Une lueur d’espoir pour cette profession qui s’interroge sur son
avenir. |
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Pourquoi un signe de qualité ?
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Jean-Antoine Prost : La Corse dispose de
produits agricoles à forte notoriété et c'est d'ailleurs un des fondements
de ce guide.
Cela étant la question, pour l'acheteur non initié, est souvent de
savoir comment être sûr que le produit qu'on lui présente correspond
bien à ce qu'on lui annonce.
Un signe officiel est la garantie que le produit qui en bénéficie
correspond bien à certaines caractéristiques qui sont liées à ce signe.
Mais, derrière un produit, il y a des producteurs, il y a une filière.
Il n'y a donc pas de règle pour le choix d'un signe de qualité. Il
faut choisir le mieux adapté à une situation donnée.
Le fait qu'ils soient réglementairement définis entraîne en tous cas
deux conséquences importantes :
d'une part, cela nécessite une démarche collective, fondamentale pour
le développement,
et, d'autre part, cela permet une confrontation économique extérieure,
hors des seuls marchés locaux de proximité, où la connaissance du
producteur est souvent considérée comme une forme de garantie suffisante,
avec des atouts sérieux face à des produits de même type.
Cela implique donc de bien identifier les enjeux de la filière.
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Jean-Dominique Musso : Le signe de qualité
doit nous permettre de protéger nos produits, notre savoir-faire et
notre filière.
Quels signes de qualités ?
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J.A.P : Dans la réglementation, il existe
un certain nombre de signes officiels de qualité qui sont articulés
autour d'approches différentes.
La première est une approche territoriale, dont les outils sont l'Appellation
d'Origine Contrôlée (AOC), qui correspond à l'Appellation d'Origine
Protégée (AOP) dans la réglementation européenne, et la dénomination
" Montagne ". Ils s'appuient sur les liens entre le produit, le territoire
ou le terroir, et le savoir-faire des hommes.
Une autre approche est plus qualitative, avec le signe officiel certainement
le plus reconnu des consommateurs : le Label Rouge (LR), qui implique
des caractéristiques spécifiques et un niveau de qualité supérieure
le distinguant des produits similaires.

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Dans ce registre,
il existe aussi la Certification de Conformité (CCP) qui atteste
que le produit qui en bénéficie correspond bien aux normes du
produit standard, mais avec des caractéristiques qui peuvent être
particulières.
Une dernière approche, qui est d'ailleurs compatible avec les
deux premières, concerne le mode de production, principalement
l'agriculture biologique (AB).
Cela dit, un signe officiel de qualité n'est ni une fatalité,
ni une obligation. C'est un système réglementaire mis en place
pour aider à définir, à garantir, et donc à protéger, un produit
et sa dénomination.
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Suivant l'option retenue, il apportera cependant des garanties
différentes. Ce sont les acteurs d'une filière, tous ou partie
d'entre eux suivant le signe, qui font ce choix, généralement
en fonction de ce qu'ils veulent défendre ou mettre en avant.
Ainsi, un signe de qualité permet de valoriser le système de production
lié à un produit, une matière première ou un savoir-faire spécifique
ou bien les trois en même temps.
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- J.D.M : L’objectif est d’obtenir une Appelation d’origine Controlée
sue les fromages.
Quels sont les exigences ?
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Le syndicat : Cette demande vise à revaloriser
un élevage de montagne et ses produits typiques à travers des pratiques
d'élevages et de transformation dont le lien au terroir est assuré
par une utilisation de la race porcine Corse et un type de finition
de porc spécifique à notre île. Ce qui permet d'obtenir un produit
de haute qualité.
Les producteurs qui s'engagent dans cette démarche devront respecter
un cahier des charges précis fondé sur des usages locaux, loyaux et
constant d'élevage et de transformation.
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F.C :
Protéger un nom géographique confère un avantage très conséquent aux
producteurs qui en ont l'exclusivité. C'est pourquoi les procédures
de reconnaissance comportent de nombreuses exigences.
La demande doit être présentée par un collectif interprofessionnel.
Elle doit être appuyée sur les usages historiquement et culturellement
avérés au sein d'une zone délimitée qui devient l'aire de l'appellation.
Des contrôles intéressant à la fois les conditions de production et
les produits eux-mêmes doivent assurer que toutes les précautions
sont prises pour n'apposer le nom protégé que sur les produits qui
le méritent.
Quels que soient les signes qui seraient obtenus, ces exigences de
définition, d'organisation collective, de zone délimitée, de contrôle
strict seront à observer pour assurer une crédibilité aussi bien auprès
des pouvoirs publics que de la société régionale toute entière.
Le sérieux de ces producteurs organisés les conduira à assumer également
des sanctions envers ceux qui tenteraient des fraudes ou des usurpations.
Les échéances ou les perspectives ?
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J.A.P : Il faut chercher les solutions
en référence à des problèmes identifiés. Parmi les perspectives possibles
pour les filières ovine et caprine, on peut imaginer que l'origine
corse serve de levier à la valorisation des produits qui en sont issus,
particulièrement pour permettre un meilleur accès sur les marchés
extérieurs comme sur le marché touristique régional.
Pour les producteurs, cela peut être la perspective de disposer d'un
moyen de se protéger des contrefaçons sur ces marchés, mais aussi
de devenir plus compétitifs dans la mesure où ne pas avoir de qualité
garantie ou d'origine protégée peut être défavorable par rapport à
la concurrence.
Pour les consommateurs, la confiance se nourrit de la crédibilité
de ces signes, en particulier l'AOC ou le Label Rouge, qui sont les
plus connus. Ainsi, des signes officiels de qualité attachés à certains
produits de ces filières devraient aider à développer la production
laitière sur l'île à un moment où existent des difficultés d'approvisionnement
face à une demande importante.
Dans tous les cas, pour qu'un système soit fiable et garantisse quelque
chose, il faut effectivement avoir un minimum d'exigences. Et, si
l'on veut garantir quelque chose, il faut se donner les moyens de
le faire. En particulier, il faut contrôler les caractéristiques du
produit mis en marché sous signe de qualité et le cahier des charges
que l'on s'est engagé à respecter pour obtenir ces caractéristiques.
Ce sont des objectifs difficiles à atteindre mais nécessaires. Les
nombreux acteurs concernés doivent donc trouver les voies d'une stratégie
d'ensemble.
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J.D.M : Les exigences reposent essentiellement
sur la race, la qualité et le respect du savoir-faire ancestral.
Les délais sont longs et le travail est important mais les échéances
doivent être courtes car la filière est en manque de matière première.
Quel regard portez-vous sur les autres filières
?
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J.A.P : Pour l'agriculture corse et toutes
ses différentes filières, la mise en place de signes de qualité est
une innovation importante, à la fois dans la façon d'approcher la
question des produits, qui font partie d'un patrimoine commun, et
dans la façon de gérer ce patrimoine pour les générations à venir.
Autour de la qualification de ces produits, ce sont des compromis
qu'il faut négocier pour regrouper le plus grand nombre, des disciplines
qu'il faut s'imposer pour produire ou contrôler, mais les acteurs
de certaines filières déjà engagées dans ces démarches démontrent
qu'ils sont tout à fait capables de les assumer, de faire reconnaître
leur sérieux et apprécier la qualité de leurs productions.
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J.D.M: Chaque filière possède des professionnels
à même de définir leurs objectifs ainsi que le type de certification
qu’ils souhaitent mettre en place.
Propos recueillis par Joseph Santana |