L'olivier et la Corse

On dit que cet arbre, consacré à Athena, symbole de paix, est éternel. Il est également le symbole de la Méditerranée, faisant partie intégrante de la vie et des paysages. Du tronc au fruit, tout peut être utilisé. C'est l'arbre de vie.

La naissance de l'olivier se perd dans la nuit des temps. La plus ancienne trace de sa présence sous une forme spontanée remonte au paléolithique moyen en Afrique, 12 000 ans avant J.C. Le berceau de sa culture, il y a environ 5 000 ans, serait le croissant fertile. Si les voies précises de la propagation de la culture restent incertaines, pour tous les auteurs, la domestication de l'olivier a pris naissance en Asie mineure puis s'est étendue vers l'Occident sur les deux rivages de la Méditerranée.

En Corse, la présence de l'oléastre et l'utilisation de ses fruits, environ 3 000 ans avant J.C., ont été prouvées par la découverte de noyaux d'olives sauvages accumulés dans une vannerie retrouvée sur un site archéologique proche de Saint-Florent. Les origines de la propagation de la culture restent floues. Elle aurait vraisemblablement été implantée en Corse par les Grecs entre les XI° et VIII° siècle av J.C.. Certains des oliviers que nous pouvons aujourd'hui encore rencontrer au cours de nos déplacements ont vu défiler plusieurs générations d'humains.

Par la suite, on peut citer deux principales époques de mise en place de vergers. Le II° siècle av J.C., sous l'Empire Romain et la période de domination génoise du XVI° au milieu du XVIII° siècle. Gênes a misé sur le développement des cultures implantées en Corse depuis des temps immémoriaux, céréales, vigne, châtaigniers et oliviers, en imposant à chaque famille de planter régulièrement ces différentes espèces. C'est ainsi que toutes les zones propices à la culture de l'olivier et n'empiétant pas sur les terres labourables consacrées aux céréales, c'est-à-dire les zones de coteaux ensoleillées, à une altitude maximale de 600 m, furent plantées d'oliviers et les oléastres furent greffés. La surface oléicole exploitée à cette époque atteignait environ 10 800 hectares.

Le système économique agro-sylvo-pastoral était basé sur l'autarcie de la micro-région, du village, voire même de la famille, ce fait restant quasiment inchangé en ce qui concerne les cultures traditionnelles jusqu'au début du XX° siècle.La production d'huile était donc soit consommée par les exploitants, soit troquée, principalement par les Balanins. La politique de développement de l'oléiculture menée par Gênes modifia quelque peu ce système. En effet, au cours du XVII° et jusqu'au milieu du XVIII° siècle, l'huile d'olive fut exportée, principalement par le port d'Algajola, sous la houlette des marchands de Ligurie.

A la fin du XVIII° et au cours du XIX° siècle, des aides financières à la plantation et au greffage furent octroyées aux exploitants, les exportations se faisant alors principalement vers Marseille. A la fin de la seconde guerre mondiale, l'exode rural et la concurrence des huiles de graine ont causé l'abandon progressif du verger oléicole. Il fut dès lors soumis tant aux incendies qu'à la dominance du maquis.

L'abandon de la gestion de l'espace rural a représenté un réel fléau pour les oliviers. On peut citer pour exemple l'incendie de 1971 qui ravagea l'espace s'étendant de la Balagne au désert des Agriates. Dans le canton de Lama, seuls 500 pieds sur 35 000 furent épargnés. Un mois après l'incendie, la terre crachait toujours de la fumée issue des racines qui se consumaient jusqu'à leur extrémité.

A la fin des années 60, devant la demande croissante en huile d'olive et en olives de bouche, un plan de développement de la filière a été mis en place au niveau national. C'est dans les zones de plaine mécanisables que fut plantée la Picholine du Gard à des fins de production d'olives de bouche. Faute, principalement, d'outil de transformation, les plantations furent rapidement abandonnées.


Depuis environ 10 ans, suite à l'augmentation constante de la demande en huile d'olive, les oléiculteurs corses se professionnalisent et s'organisent. Des plantations en variétés locales ainsi que des rénovations de vergers anciens sont réalisées. Cette mouvance laisse espérer une augmentation des quantités de production à ce jour insuffisantes pour satisfaire la demande nettement supérieure à l'offre.

Par Joëlle Hennemann, Technicienne Chambre d’Agriculture Haute Corse